RACE ACROSS FRANCE 500

La RAF une course cycliste ultradistance qui se décline sur quatre parcours de 2 500, 1 000, 500 et 350 km.

J’ai choisi, et ce depuis plusieurs années, le format 500 km. Oui, depuis plusieurs années… Deux ans déjà que j’annule mon départ pour cette course, non pas par manque d’entraînement, mais les aléas de la vie font que parfois il faut savoir repousser les choses. Et puis, en y réfléchissant bien, il me semble que c’est LA bonne année pour prendre le départ de cette course. Mille choses ont changé dans ma vie, en particulier mon emménagement en Haute-Savoie, lieu idéal pour s’entraîner dans les montagnes.

Mais trêve de bavardages inutiles, passons à la course.

L’entraînement

Voilà trois mois que j’ai emménagé à Annecy. Trois mois d’entraînements. Oui, c’est peu, mais ma folie me permet souvent de ne pas porter attention aux remarques désobligeantes qui ont pu m’être adressées à plusieurs reprises avant le départ de la course : « T’es folle ! trois mois d’entraînement ? Tu ne seras jamais prête. » « Je ne veux pas être désagréable, mais bon… je doute que tu arrives au bout. » « Mais t’es vraiment sûre de pouvoir le faire ? » Je souris à ces messages. Bien sûr que non, je ne savais pas si j’avais les capacités de le faire. Bien sûr que trois mois c’est court, mais abandonner n’était, pour moi, pas une option possible dans l’équation.

Et puis, il faut dire que j’ai eu pas mal de chance en débarquant à Annecy. J’ai croisé la roue de Polo qui, visiblement aussi fou que moi, s’est amusé à m’entraîner. J’ai mangé des cols, des longues sorties ; j’ai pleuré parce que c’était trop dur ; j’ai eu mal aux jambes et au mental. Mais il m’a toujours dit : « C’est une course dure, la RAF, mais tu vas y arriver, t’es suffisamment entraînée pour y arriver » ; et je crois que ses mots m’ont portée durant toute la course.

La veille

Je pars seule sur mon vélo, mais Polo décide de se joindre à moi, et vous verrez au fil de ces lignes qu’il jouera un rôle majeur dans cette aventure.

Nous arrivons au village de départ… moins d’une heure avant la fermeture de la remise des dossards. Comme à mon habitude sur les courses, je suis plutôt détendue, enfin… un peu trop. Mon vélo n’est pas équipé, et il faut, en même temps que la remise des dossards, faire valider son vélo par l’organisation. Le contrôle consiste à s’assurer que tout le matériel obligatoire est installé ou dans nos sacoches.

Tout juste arrivés, on sort mon vélo ; je prends les deux grands sacs dans lesquels se trouvent toutes les affaires de la course et on file voir l’organisation pour récupérer le dossard. L’attente pour checker le vélo est longue et j’ai amplement le temps de finir de le préparer. Tellement longue que c’est l’heure du briefing d’avant-course et je ne suis toujours pas passée. On redépose le vélo dans le van, direction le briefing. Les derniers vélos à vérifier seront vus après par l’organisation.

Briefing OK. Vélo OK. Il est l’heure de la bière pour Polo et de l’eau gazeuse pour moi… Le ciel est très menaçant. Nous n’avons même pas eu le temps d’être servis qu’un déluge d’eau s’abat sur nous. Il pleut à seaux ! Moi qui craignais la chaleur, après les 35 °C de ces derniers jours… Il faut croire que la météo m’a écoutée… Mais là, quand même, c’est affolant, tellement affolant que l’organisation va devoir arrêter les participants à la course des 2 500 et 1 000 km pendant sept heures, le temps que les orages et la tempête passent. Nos départs initialement prévus à 8 heures sont décalés de deux heures le lendemain. On a donc le temps…

On trouve une pizzeria ouverte dans le petit village, rien de tel pour prendre des forces !

Et c’est sous un temps lourd et pluvieux que l’on s’endormira dans le van.

Le jour J

Il est 8 heures, j’ouvre les yeux, il pleut toujours autant… dans un sens, je suis contente de ne pas partir sous une chaleur intenable, mais, en même temps, vu ce qui tombe, ce serait prendre pas mal de risques sur le vélo dans les descentes.

On part prendre notre petit-déjeuner dans le village, il est 9 heures. Je suis toujours en vêtements de sport, oui, mais de course à pied… cherchez l’erreur… En tout cas, même si le stress du départ monte, je ne laisse pas grand-chose transparaître. Mon départ est donné pour 10 h 46 (le départ de chaque concurrent se fait avec trente secondes d’intervalle). Nous sommes posés à la terrasse du bar et plusieurs personnes viennent discuter avec nous. On verra quand même, à trois reprises, des personnes qui demandent directement à Polo si c’est lui qui prend le départ de la course, et quand il répond que non, la personne qui part faire la RAF c’est bien moi, j’ai le droit à un « Ah oui ! tu le fais en duo ! ». Non, toujours pas ! J’y vais seule, et merci les gars, mais il me semble qu’une fille sur un vélo seule, c’est devenu banal, non ?

Le départ approche, je pars me changer dans le van, et là commence une montée de stress ! Je cherche tout, je panique pour un rien ! J’en finis même par perdre mes papiers d’identité et ma Carte Bleue… Polo me voit en panique et prend les choses en main, on revérifie tout. Les papiers sont, de toute façon, pas loin, on verra plus tard… Mon départ approche, il pleut en continu, je m’avance près du départ, allume ma dernière cigarette avant d’entrer dans le sas. On me donne ma balise, dernière photo. Je tremble, monte sur le podium d’où nous est donné le décompte avant de nous élancer sur les 500 prochains kilomètres qui nous attendent.

10 h 46 – Go !

Là, tout change. Je ne tremble plus. Je ne réfléchis plus vraiment. Je suis sous la pluie et me contente d’appuyer sur mes pédales, tranquillement, la première heure étant toujours compliquée pour moi. Je regarde mon compteur GPS, je trouve étrange que le fond de carte soit tout gris. Il se met en veille sans arrêt. Je touche deux ou trois boutons pour maintenir la carte affichée devant moi, ça semble fonctionner.

Il faut peut-être que je précise que je n’ai jamais eu de compteur GPS, et que celui qui est fixé sur mon vélo est arrivé par la poste moins de vingt-quatre heures avant le départ de la course. Oui, j’aime jouer avec le feu !

Première petite bosse, je remonte quelques personnes dont trois filles parties un peu avant moi. Je ne force pas, le trajet va être long. Avec cette pluie, j’ai mis mon téléphone dans l’une de mes poches et me rends compte que j’ai oublié de le connecter à mes écouteurs… Tant pis, vu la météo, je verrai ça plus tard. La première heure de course est bientôt passée, on chope un bon « raidar » sur une route plutôt abîmée ; déjà debout sur mes pédales, je suis remontée par plusieurs cyclistes visiblement à l’aise dans les côtes.

Première belle difficulté passée, on arrive sur un faux plat montant, et là, comme par magie mes jambes sont en forme. Je prends de plus en plus de vitesse et remonte les personnes qui m’avaient doublée quelques kilomètres en amont. Je me méfie à chaque croisement, mon GPS n’ayant pas de fond de carte, je n’ai qu’un trait jaune sur un fond gris pour me donner l’itinéraire… autant vous dire que j’y vais à tâtons en espérant prendre la bonne route.

Premier col passé, on entame la descente. Ma partie préférée, mais sous ce temps, c’est risqué. On y voit mal, il pleut beaucoup, mais rien à faire, je m’aide de cette ligne jaune du GPS pour savoir où sont les virages. Sinon, c’est ventre sur cadre et banzaï ! Je passe beaucoup de cyclistes dans cette descente, ce qui me donne des ailes. On enchaîne une partie vallonnée et là plus rien ne m’arrête mis à part la visibilité limitée à moins de cinq mètres. Je me rends compte, à un moment, que lancée à la vitesse à laquelle je vais, je risque gros en cas d’arrêt brutal ! Mais là encore le cerveau ne se connecte toujours pas, j’ai juste un immense sourire, heureuse d’être sous cette pluie qui me maintient à la bonne température.

Les kilomètres passent. Je mange, à chaque heure, tantôt une barre, tantôt un morceau de sandwich pris le matin même à la boulangerie du village.

J’arrive enfin à connecter mon portable à mes écouteurs. Je suis dans ma bulle ! Après trois heures à pédaler, je suis étonnée de n’avoir aucun message sur mon téléphone, lui qui passe son temps à sonner toute la sainte journée, je trouve ça bizarre… mais il pleut trop pour le sortir de ma poche.

On arrive dans un petit village. La pluie se calme, je calme aussi mon allure et décide de regarder mon téléphone en continuant de pédaler et là je comprends qu’il n’a pas de réseau depuis le début. Je le rallume en vitesse et un flot de messages arrive, dont Polo qui a tenté de me joindre sur tous les canaux possibles. J’ouvre le premier message et tente de le lire en roulant. Je comprends qu’il y a un souci avec ma balise, on ne sait pas pourquoi, mais elle est coupée… Polo me donne les instructions pour l’activer, et tête de mule que je suis, je refuse de m’arrêter. Au bout de cinq minutes, c’est bon, j’apparais enfin sur le tracker.

Souci réglé, je continue à avancer. Je me sens tellement bien sur mon vélo, le temps passe si vite, les kilomètres aussi. Je reçois deux messages, quasiment au même moment, de mon père et de Polo, mon père me disant : « Bravo ! bien classée » et celui de Polo m’informant que je suis première femme et très bien placée au général pour le moment. J’ai déjà parcouru plus de 150 km et cette nouvelle me laisse sans voix, ce n’est pas possible, il doit y avoir une erreur de casting ! Bon, OK… j’ai bien vu que je remontais énormément de monde, mais quand même !

Je sais aussi qu’on est sur une ultradistance et que la route est longue, très longue, rien n’est joué et la pluie était clairement en ma faveur !

Je passe un gros village où bon nombre de cyclistes se sont arrêtés pour se ravitailler. De mon côté, j’ai pris l’option de tout avoir sur moi, et les trois sandwiches embarqués le matin sentent bon le pain mouillé, mais ils vont me permettre de tenir jusqu’au lendemain.

Polo me donne à intervalles réguliers mon avance sur la deuxième féminine. Je suis passée en mode course et compte bien jouer ma place.

Je suis sur une courte de type « toboggan », ça m’amuse et c’est plutôt reposant.

17 heures passées, la pluie s’est arrêtée et je file en direction du plus gros col de l’étape : le col de la Cayolle.

200 km dans les pédales, ça file, jusqu’à ce que mon compteur plante… Plus d’image ! Je mets rapidement mon téléphone sur Komoot pour avoir la trace au moment même où il décide de se rallumer. J’ai enfin un fond de carte mais plus du tout la distance parcourue… Ça m’agace, ce n’est rien de grave, mais après avoir passé ma journée à rouler, j’avoue que ce détail entache mon moral. Je mets pied à terre, m’allume une cigarette, et repars clope au bec. C’est à ce moment précis que je rencontre Maeva, amusée de me voir la cigarette à la main sur mon vélo. On échange un peu. Nous sommes toutes les deux d’Annecy et elle aussi est sur sa première RAF. Je prends rapidement de la distance sur elle. Je préfère avoir la deuxième féminine derrière moi ! Ça me donne une marge de manœuvre pour m’arrêter et maîtriser mon écart. Mais les toboggans finis, on reprend la montée vers un col, et Maeva se remet à ma hauteur et on bavarde à nouveau. Je vois les minutes passer et mon ravito que je n’ai pas pris depuis un moment. J’appuie un peu plus sur les pédales pour avoir le temps de manger tranquille en roulant, mais manger dans un col me coupe vite l’air et Maeva repasse devant moi, je la laisse filer le temps de manger.

Polo me fait un débriefe et me dit que ce n’est pas la meilleure des idées : faut que je garde un œil sur elle. Oui, mais à ce moment-là je commence à fatiguer, aucune pause depuis le matin, je préfère lui donner de l’avance, je finirai bien par la retrouver…

Les petits cols s’enchaînent, j’aime toujours autant les descentes, mais je fatigue dans les montées.

Polo décide de faire un ravito sauvage pour tous les participants de la RAF, juste en dessous du col de la Cayolle, je prends ce point comme objectif pour faire ma pause. Mais les kilomètres ne passent plus si vite… et ce compteur qui ne me donne plus la bonne distance me déstabilise…

J’arrive enfin au ravito sauvage. Voir Polo me redonne le moral. J’en profite pour manger et me changer avec des affaires chaudes, la nuit est tombée et il fera froid dans la montée du col.

La pause me semble trop courte. Polo me presse de repartir. Je ronchonne un peu. Je ne m’étais pas arrêtée de la journée, et décoller mes fesses de la selle pour faire quelques pas me faisait le plus grand bien. Je n’ai pas la notion du temps qui passe, et heureusement qu’il est là pour me faire repartir.

J’entame le col doucement, vingt-cinq kilomètres de montée ne se font pas en cinq minutes. Musique à fond sur mon téléphone, j’appuie sur les pédales au rythme des sons qui passent. La pente est très douce, ce qui permet quand même de tenir une allure. Il fait nuit noire et seul le halo de ma frontale m’indique le chemin. Je passe devant de nombreux cyclistes assis sur le bord de la route, visiblement bien fatigués par cette montée et cette nuit bien entamée. Je demande toujours si tout va bien, on ne laisse pas un soldat blessé sans assistance, mais visiblement ils étaient simplement rincés par ce col sans fin.

J’arrive enfin au panneau qui annonce l’arrivée au sommet. Il m’aura fallu plus de deux heures pour en voir le bout, deux heures qui, dans mon esprit aujourd’hui encore sont passées très vite. J’enfile ma doudoune et Go ! dans la descente ! Il est minuit passé, et je n’ai qu’un objectif : arriver à la base de vie de Guillaume pour manger et me poser un instant.

Je suis rapidement prise par la fatigue dans cette descente longue de plus de vingt kilomètres, mes yeux et mon esprit se mettent en veille, et je sens le danger, enfin… je l’ai surtout compris après avoir vu une grenouille géante sur le bord de la route alors que ce n’était qu’un rocher, et un mur en plein milieu d’un virage alors qu’il n’y avait rien !

Je termine un lacet et freine des quatre fers : on arrête les bêtises, je descends de mon vélo une minute pour marcher et reprendre mes esprits.

Aussitôt repartie, je vois les lumières d’un village… Guillaume ? Ah non, pas âme qui vive par ici. Je traverse petit village sur petit village sans savoir quand arrive la fin… sans le bon kilométrage sur mon compteur, je suis perdue.

Je vois enfin le panneau Guillaume, hourra ! Je trouve la salle de la base de vie, pose mon vélo et je file me réchauffer.

La salle est pleine. Je checke rapidement le tracker. La première féminine semble arrêtée ici, elle aussi. Je ne la vois nulle part, elle doit dormir. Je souffle un coup, je sais que j’ai du temps. J’enlève tous mes vêtements pour les faire sécher le temps de mon arrêt. On me propose de la soupe, des pâtes et des sandwiches, je dis oui à tout, j’ai bien trop faim, et les kilomètres qui me séparent de la ligne d’arrivée sont encore longs. Je tente de fermer l’œil sur un transat, mais en vain. Trop de bruit, trop de monde. J’envoie un message à Polo pour savoir s’il arrive à la base de vie ; dans ce cas je l’attends, sinon je file. Pas de nouvelles, je commence à me préparer à repartir quand mon téléphone sonne, Polo m’annonce son arrivée dans cinq minutes. J’ai toujours en tête que Maeva dort et que j’ai le temps. Je prends donc l’option de l’attendre. Polo arrive, on échange un peu sur la course et sur le succès de son ravito sauvage auprès des autres participants. Je scrute les filles qui m’entourent, il y en a une sur le départ que je n’avais pas vue avant, Maeva ? Non, il ne me semble pas, mais avec tout ça c’est déjà une heure qui vient de s’écouler… moi qui avais prévu vingt minutes… Polo me remet en selle, et me rappelle qu’une heure c’est trop, surtout sans avoir pris le temps de dormir.

Je repars sur mon vélo et attends son débriefe de la course. Mon téléphone sonne cinq minutes plus tard, et ce que j’entends va me faire extrêmement mal au mental…

Maeva est repartie au moment où je suis arrivée à Guillaume, sa balise avait visiblement planté… Polo me dit aussi de me préparer à deux montées qui vont faire très mal aux cuisses et, dernière info, la fille avec qui je suis repartie de la base de vie n’est pas en solo mais en duo, donc pas de crainte…

On arrive en bas du col au même moment que celle qui devait être en duo, mais je ne vois personne avec elle, je profite de son arrêt où elle enlève son coupe-vent pour faire de même, et la faire parler. Elle n’est pas en duo, sa partenaire n’a pas pris le départ, elle est donc sur le même format solo que moi ! Ni une ni deux, je repars, bien décidée à faire la différence dans les deux montées qui arrivent. Je la distance rapidement. Plutôt fière de moi, je reprends mon rythme et là arrive la deuxième difficulté : un pourcentage de folie ! Nous sommes toutes les deux debout sur nos pédales à zigzaguer sur la petite route pour casser cette pente qui n’a pas sens. Enfin en haut ! Je pose pied à terre et regarde le soleil se lever en même temps que je remets mon coupe-vent pour la descente. Mais qui je vois ? Elle est là ! Je pensais l’avoir distancée, mais il faut croire qu’elle est bien revenue. Maeva, la première féminine, est à plus de quinze kilomètres de nous. J’ai le moral à plat, je suis fatiguée d’avoir tant donné dans ces deux derniers « raidars », et laisse partir celle qui est maintenant la deuxième féminine.

Il est bientôt 6 heures du matin. Je commence la descente. D’ici à une petite heure je pourrai me poser dans une boulangerie, et c’est à ce moment-là de la course la seule chose qui m’importe.

La route est vallonnée. Je trouve mon allure, je suis grognon, et j’allume régulièrement des cigarettes sur mon vélo pour me donner du courage et faire passer le temps.

Il est 7 heures tout juste quand je passe devant une boulangerie déjà bien remplie de cyclistes. Je commande un grand café, des viennoiseries et me pose en terrasse.

Je prends le temps de manger et de souffler. Mon esprit et en mode ascenseur émotionnel que j’ai du mal à gérer. Je mate le tracker, la deuxième est à moins de cinq kilomètres de moi. Allez ! Je me bouge ! Je prends de quoi manger pour la journée et je file.

Cette portion de la trace est agréable, il ne fait pas trop chaud, on passe des petites montées et des petites descentes. J’avance sans trop me mettre dans le mal.

Maeva, quant à elle, nous a bien distancées, et je comprends que je ne la reverrai jamais.

Sur les coups de 9 ou 10 heures, nouveau message de Polo. Malgré sa courte nuit, il me fait un rapide débriefe. Je lui dis aussitôt que je suis vraiment fatiguée et que je n’ai plus envie d’aller jouer la gagne, je veux juste finir dans le temps que je m’étais donné. Mais il me connaît bien, et ne me laisse pas lâcher si tôt. J’ai régulièrement des informations du tracker qui, en fonction de mon humeur du moment, me motivent ou m’épuisent…

Puis le soleil devient de plus en plus chaud… Les kilomètres ne passent plus, et ce qui devait être la partie « facile » ne l’est en rien : on passe de petit col en petit col, ce sont les toboggans de l’Enfer. J’ai envie de pleurer à chaque fois que je vois les pourcentages qui m’attendent, et ce soleil qui me rend tellement molle !

Midi passé. Je n’en peux plus. La chaleur me tue. Je passe chaque village à la recherche d’une fontaine pour me tremper. Plus tard dans la journée, c’est à chaque village que je prendrai des glaces pour me réconforter. J’envoie très souvent des vocaux à Polo, en me lamentant sur mon état, je les supprime immédiatement… Le lui dire ne sert à rien et ne changera pas ma douleur. Avec la chaleur, mes pieds ont gonflé. À chaque coup de pédale, ce sont des coups de couteau que je ressens. Sans parler des brûlures dues au frottement de la selle qui me font de plus en plus mal… Une douleur de plus en plus présente se fait jour sur mon poignet droit, et je remarque après plusieurs heures que lui aussi se met à gonfler… Mais c’est quoi ce carnage ?

J’arrive dans un « raidar » sans nom et surtout impossible à passer à vélo vu mon état, je descends et décide de le monter à pied comme les deux cyclistes que j’ai juste devant moi. J’entends un bruit d’air très étrange… Mais non ?! Je n’ai quand même pas crevé ? Si ! Sur le flan de la roue alors même que je marche à côté de mon vélo. Je pars dans un fou rire sans nom ! Heureusement, Polo m’avait donné un cours express de réparation de tubeless. Et avant même qu’il m’ait redonné les indications par message, la roue était de nouveau gonflée. Je peux vous assurer qu’à ce moment-là j’étais plutôt super fière de moi ! Sous 40 °C et un poignet en moins, c’était inespéré ! C’est alors qu’un des participants, monté devant quelques minutes plus tôt redescend et me dit qu’on a eu un message de l’organisation : on ne doit pas prendre ce chemin privé mais la route principale ! C’est une blague ?! Je suis quasiment arrivée en haut ! Allez, c’est reparti, je redescends et remonte par la route principale. Sur deux kilomètres, j’ai pu me faire insulter par un automobiliste et croiser une maman sanglier et ses petits qui, visiblement, n’étaient pas super chauds pour que je passe… Ah ! j’en vis des aventures à la RAF !

Les montées et fausses descentes se poursuivent. Je suis exténuée par la chaleur. Polo me fait passer le temps en me faisant rire avec ses vocaux, et je me demande vraiment comment j’aurais fait si nos roues ne s’étaient jamais rencontrées trois mois plus tôt…

Il reste moins de quarante kilomètres. Je suis prise d’un coup de jus et appuie plein fer sur mes pédales. Je remonte quelques cyclistes en mode zombie sur leur vélo. Je sais que la fin est proche. Je veux en terminer !

Au détour d’un virage dans une montée, j’entends du bruit venir du fourré. Sur le coup, je pense à une nouvelle famille de sangliers. Mais non, ça parle… Je coupe la musique que j’avais dans mes oreilles, ça m’intrigue… Plus de bruit… Je me retourne et je vois Polo derrière moi ! JOIE ULTIME ! Je n’avais plus de nouvelles de lui depuis deux heures. J’étais persuadée qu’il était à la bière avec les finisseurs, mais non, il était sur son vélo ! Et là, j’oublie tous les kilomètres que j’ai dans les jambes un instant et recommence à avoir la bêtise, comme à notre habitude sur nos bikes. Mais ça ne dure pas, il me reste vingt kilomètres qui n’en finissent pas. Ça fait bien rire Polo de me voir râler à chaque montée et chaque descente. Je pars en fou rire, c’est à ne plus rien y comprendre !

Dernière descente, enfin ! Impossible de partir plein gaz, j’ai tellement mal au poignet que je ne peux pas me mettre en position sur mon cintre, et mes fesses ne veulent plus se poser sur la selle… Je vois Polo partir pleine balle… Pour une fois qu’il me double sur une descente, qu’il en profite ! De retour à Annecy, je reprendrai ma place !

C’est bon, l’arrivée n’est plus qu’à quelques mètres. Dernier feu rouge avant la ligne d’arrivée, et qui j’aperçois ? Anne-Laure Rabier elle-même, que je suis depuis des années et qui m’a donné l’envie de faire cette course. Elle que j’espère pouvoir croiser avant la fin. Elle était partie sur le 1 000 km quelques jours avant mon départ des 500 km. La boucle est bouclée et c’est le sourire jusqu’aux oreilles que je passe la ligne d’arrivée. Polo m’attend et ma joie et ma folie qui me caractérisent tant me font lui dire : « T’es toujours OK ? On fait bien les 2 500 km en duo l’année prochaine ? » Je pense qu’il s’attendait à ce que je dise une bêtise, mais là… Bon… pour info, il a répondu oui ! Autre info, j’ai fini troisième femme et je n’en reviens toujours pas ! En 32 h 32, trente minutes de plus que mon objectif, mais pour une première, j’en suis pleinement satisfaite !

J’espère que vous êtes toujours là ! C’était long, mais promis, j’ai fait au plus court. Il fallait bien que je vous donne quelques détails de ces longs kilomètres.

Si vous avez des questions, vous pouvez toujours les mettre en commentaire, c’est avec plaisir que j’y répondrai.

Si vous hésitez à prendre le départ de la RAF l’année prochaine, foncez ! Vous allez vivre une expérience relativement dingue ! Bravo à l’organisation pour cette trace qui fait encore plus mal au mental qu’aux jambes !

À l’année prochaine pour le gros format qui s’annonce splendide au vu des informations déjà disponibles pour l’édition 2024.

Ah oui, je vais quand même remercier Polo. Il ne lira jamais jusqu’ici, mais je m’en voudrais de ne pas remercier l’homme sans qui ces kilomètres ne se seraient jamais aussi bien passés. Il n’a jamais douté de mes capacités. Il sait, sans avoir besoin de parler, ce qui se passe dans ma tête. Il m’entraîne bien mieux que n’importe quel coach diplômé. D’accord, les entraînements sont de l’ordre du masochisme, mais ils portent leurs fruits !

Un commentaire

  1. […] nature et d’aventures. Non pas que l’on ne puisse pas vivre des aventures à vélo de route, et mon article sur la RAF et d’Annecy à Paris démontre bien que l’aventure peut se cacher n’importe où, j’étais […]

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